En fait, la plupart des acteurs évoqués dans le titre de ce propos se retrouvent dans des comportements assez similaires tels que :
- Journalistes glosant autour des dépêches AFP… sans guère d’exercice ni de sens critique, et trop rarement des attitudes d’investigation sur les faits et mise en perspective de l’information.
- Experts se drapant souvent dans le jargon technique sans le moindre effort de pédagogie pour rendre accessible aux autres sa connaissance. C’est le revers normal d’une relation trop étroite avec ceux qui passent commande de l’expertise. C’est aussi une perte dans la relation à l’histoire des sciences. Cf par ex « Crédibilité du discours de l’ingénieur et histoire des sciences ».
- Consultants dont la compétence se limite bien souvent à faire du « copier-coller » d’un client à un autre , sans véritable valeur ajoutée y compris dans les nécessaires approches comparatives indispensables dans un monde de la complexité. Pour le moins se cantonnant dans le rôle du « conseilleur » qui ne se veut pas « décideur ».
- Citoyens Actifs privilégiant trop souvent l’émotionnel dans les réactions ou la confiance non discriminante envers ce que donnent par ex : Wikipedia, AgoraVox, Google, You Tube, My Space etc…
L’ère du numérique, deviendrait-elle l’ère de la facilité, de la confiance aveugle, du matraquage simplificateur… de la perte de tout sens critique alors même qu’il y a profusion / saturation des informations.
Ce qui est certain sur l’internet
- la faiblesse des argumentaires remplacés par une boulimie d’« expulsion » d’émotions ou de faits simplement énoncés ou repris, dont les blogs sont la personnification.
- le nombre limité des pratiques collaboratives en équipe ; avec son corollaire des sites où ce sont toujours les mêmes qui prennent la parole,
- l’importance du « bruit », que renforcent ce que croit être un plan de sauvetage de leur métier de journaliste : le regard, le commentaire, le fait, l’évènement couvert par des citoyens.
- la difficulté pour les citoyens, dans la rédaction comme dans les contenus, à exposer leurs opinions avec un argumentaire de fond.
- l’hyper-attention, à tort ou à relativiser, accordée à des sites véhiculant des flux vidéo événementiels.
Les journalistes des « Echos » réclament à corps et à cris leur indépendance face au projet de LVMH, arguant de l’importance à minimiser les conflits d’intérêts qui pourraient conduire à de l’auto-censure, de la provocation, de la perte de crédibilité.
« La Presse est un Métier », clament-ils sous la plume de Vincent de Feligonde (Président de la Société des journalistes des Echos). Soit mais alors, parlons davantage de ce Métier et pas uniquement de ce qui concerne l’avenir des journalistes. N’est-il pas excessif de considérer l’appropriation d’un journal économique français comme ce qui détruirait « une part du capital social nécessaire au bon fonctionnement de l’économie en France ».
Si le capital c’est la Presse… alors certes, la non indépendance peut réduire la qualité du capital… Si le capital ce sont les Journalistes… alors l’indépendance ou la dépendance deviennent des choix personnels et responsables… et ce qui fait ou non la qualité, la fiabilité, la pérennité, l’indépendance de l’information. N’est-ce pas ce dernier choix qu’on fait les initiateurs de rue89.com quittant la Presse de type Libération pour tenter de fonder une nouvelle relation aux flux d’informations ?
D’ailleurs est-ce la Presse ou le Journalisme qui est un Métier ?
Ne voit-on pas émerger dans l’univers du Net des foyers de Presse - des Media - , c’est à dire des lieux de flux d’informations, parfois de qualité, sans pour autant être l’oeuvre de journalistes. Pourquoi maintenir une proximité si étroite entre les termes Presse et Journalistes ?
Nous sommes dans une société d’informations produites par des individualités ( ce que certains appellent le « journalisme citoyen ») et plus forcément une société d’institutions dans laquelle la Presse et les Journalistes avait un statut spécifique et historique.
C’est le même sujet qui se posent aux consultants et experts en tous genres. Dans un contexte de concurrence informationnelle ils ont sans doute oublier de travailler ce qui faisait la valeur ajoutée et la spécificité de leur rôle et de leur reconnaissance.
Aujourd’hui, ces soubresauts du passage d’une époque à l’autre témoignent surtout de la difficulté pour nombre de professionnels à passer d’une posture en « re-présentation » où leur dénomination servait de sésame, à une société de la « re-connaissance » dans laquelle chaque acte doit valider la pertinence et la performance de son utilité dans une relation aux autres.
Le temps viendra où tout un chacun retrouvera l’utilité d’avoir des regards pertinents, différenciés, argumentés, proches des préoccupations des gens ; dits avec courage, honnêteté et lucidité si besoin.
C’est sans doute la question de l’indépendance de chacun qui est en interpellation dans ce contexte du net produisant ici et là de la « subsidiarité ». Cette indépendance doit se réinventer, se forger à l’aune de flux multiples d’inégales valeurs, mais qui forcent souvent le destin des hommes, la qualité des choix collectifs et fondent les valeurs et repères d’une époque.
Bons débats.





