Media Citoyen et Journalisme Participatif

Un sujet d’actualité qui n’en finit pas de perturber, tant la production de l’information publique que le rôle des professionnels dans une société numérique. Apportons notre pierre au nouvel édifice de l’information mutualisée, aiguisée, vérifiée… dans une interactivité Web2 où la réactivité, la gestion des flux, le décryptage soient au coeur de la compétence sur de nouveaux métiers en émergence. Accès gratuit - Cliquez ici pour le rejoindre.

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Horizon mirage ou nouvelle réalité

Media Citoyen et Journalisme Participatif

Tout et monde y vient, de gré ou de force pourrait-on dire.
L’exemple du Monde en est le dernier avatar (cf le site www.lepost.fr qui se situe comme « Le Mix de l’Info ». Cf un commentaire intéressant de Philippe Crouzillacq des Echos [1]


Est-ce donc la gouvernance médiatique des pseudo-journalistes, qui sans règles de métier, articuleraient, mettraient en mouvement, hiérarchiseraient les informations de toutes natures et via tous supports.

Repères

  • Pour le moins c’est devenu un vrai marché pour des sociétés offrant de simples outils techniques qui rendent aisés semblable posture informationnelle, sans se préoccuper de la justesse ou de la pertinence des contenus véhiculés.
  • L’attitude des journalistes qui se drapent dans des exigences risque de confirmer la tendance. C’est bien la question du « statut » du journaliste qui est en question, voir en interpellation dans notre société numérique. Exiger ce statut (cf les débats autour du rachat des Echos ou de la vente de La Tribune) dans un monde privilégiant la Re-Connaissance sur la Re-Présentation c’est peut-être se tromper de combat ou pour le moins ne pas renouveler le sujet alors que le monde est en mouvement.
  • Les journalistes alimentent à leur tour la tendance en tentant de gagner des parts de marché ou à ne pas en perdre, par un appel « touchant » et séducteur au citoyen informateur ou reporter (on invoquera « l’info à 3 voix », le media citoyen, le mix de l’info)… que l’on modérera on non, que l’on « chouchoutera » assurément, que l’on rémunérera éventuellement.
    Pratique ancestrale du journaliste qui se retrouve, aujourd’hui, devant un informateur exigeant , se satisfaisant certes du plaisir de la scène médiatique, mais dont la capacité de négociation est redoutable puisque son marché d’acheteurs d’informations est à la fois mondial, local et diversifié. Il peut donc assez aisément « zapper » de l’un à l’autre à la vitesse du net @@64@@Oik=@@65@@ . Au pire il tentera l’audience en direct sur le web.
    Et pourtant dans de nombreux cas, cet informateur se bornera aux commentaires sur forums ou équivalents, car développer un argumentaire… n’est pas toujours aisé. Le journalisme participatif génère donc pas mal de « bruit »… mais qui n’est ni plus ni moins important, que les « copier-coller » fait par nombre de journalistes à partir des dépêches Afp.
    Là où le bât blesse du point de vue de la pertinence , comme de la responsabilité du métier de journaliste ; c’est par exemple une mise en page distinguant faiblement voir pas du tout, ce qui est la signature d’un professionnel et ce qui est la signature d’un citoyen. Confusion, mélange des genres, qui n’ose s’affirmer ?

Economie du système

L’économie du net est la création de valeur dans l’effet du réseau lui-même.

  • En abandonnant leur « indépendance » éditoriale ou d’investigation, par alliance d’opportunité avec le citoyen reporter, les média classiques tentent sans doute de jouer sur l’effet de levier pour justifier davantage de valeur envers annonceurs ou lecteurs.
  • Quelques clichés sur des blogueurs « enrichis » ou des activités économiques s’appuyant sur des sites offrant des potentiels d’échanges d’informations, de biens, de compétences employables… ne doivent pas faire illusion. Par contre elles reflètent un nouveau rapport à l’argent : « pour gagner plus, réseautons mieux en faisant ce qui nous plaît ». Un autre volet étant pour certains « citoyens informateurs » la peur que l’arrivée de l’argent pervertisse le système, pour d’autres, la salut venant d’une répartition des gains.
  • De plus l’économie classique se veut marchande et monétaire… alors que l’économie numérique joue aussi des valeurs du don et de l’apport en collaboration sans forcément une évaluation de l’échange, ni même une demande de réciprocité [2].

Subjectivité, temporalité, lobbying, fabrique de l’opinion

En fait on ne peut isoler du phénomène, des analyses plus approfondies sur le comportement des internautes et sur la « relation d’individuation » y compris dans le rapport à la communauté… et donc à la gestion de l’information en ma possession.

Voici quelques extraits à méditer :

  • « Cette mutation de la convivialité en »relation individualisée à la société « est une façon de restructurer le lien social lorsque les familles sont nucléaires, le travail sur mesure, les institutions en crise, bref, à l’âge de l’ »individualisme en réseau« . Plutôt que de désigner la communauté virtuelle comme acteur géopolitique du cyberespace, il est plus juste de considérer l’internaute comme un »colon« du virtuel, certes rattaché à une immense colonie, mais doté d’une légitimité et d’un pouvoir isolés. Il lui arrive, par la suite, de s’allier pour accroïtre ses forces. » [3].
  • « Notre société est certes profondément transformée par un processus d’individuation, qui tend à dissoudre les collectifs au sein desquels l’individu se trouvait défini…. Mais ce processus d’individuation n’est pas forcément synonyme d’une montée des égoïsmes » [4].

Ce contexte de « positionnement des attitudes en face des informations » traduit aussi une évolution dans la nature même de ces dernières.

  • Le journaliste prétend chercher avec rigueur / vigueur / opportunité ce qui fait sens ou utilité dans l’information…
  • Le citoyen y mettra sans doute davantage de subjectivité, d’émotionnel. Il voudra probablement affirmer la temporalité de l’internet qui se veut l’instantanéité du flux numérique… puisque dans son information il vit l’instant via l’image saisie au vol du téléphone mobile, ou le courriel reçu et répercuté… Il se met en Re-Présentation numérique pour tenter d’être Re-Connu.

En termes de contexte, il faut aussi resituer les mutations dans l’économie des systèmes informationnels et en particulier de la presse :

  • chute des coûts de l’outil de production,
  • introduction de nouveaux acteurs plus mobiles et moins malléables,
  • jeux des acteurs politiques et capitaine d’industries tentant de conserver l’avantage en termes d’influence ; en investissant ici de nouvelles approches informationnelles (type rue89 mobilisant une levée de fonds de 300 K€) et là en maintenant le couvercle informationnelle par acquisition de journaux classiques.

De ces phénomènes de frottement entre des Re-Présentations en quête de Re-Connaissance, on ne doit pas négliger les comportements conscients ou non de lobbying.
Le propos de Pierre de Gasquet - Le culte du blog et l’angoisse des experts - ne laisse pas indifférent, mais semble suivre une ambiance du moment, qui adorant son veau d’or par opportunité, le renierait dans le même instant car il fait de l’ombre ; en arguant désormais du néfaste « Culte de l’amateur » [5] dénoncé par Andrew Keen et qui serait à l’origine de nombre de maux de notre société : jungle de la médiocrité… chaos culturel et éthique… négation des talents… anonymat qui règne en ligne… culture de l’amateurisme élevée en idéologie.

On pourrait encore citer la façon dont est assuré la promotion « romancée » de Rue89.com par exemple dans un article des Echos [6] qui est proche d’un publi-rédactionnel - ce qui n’enlève rien à la démarche Rue89.com -. Au détour d’une vision chronomètre de la liberté retrouvée des journalistes qui se croyaient « condammnés par le liberté de ton des blogs » l’auteur balaye d’un trait d’autres approches en écrivant sans grand argumentaire « en revanche, pas question d’orchestrer une nouvelle version des sites de »journalisme citoyen« comme Agora Vox, tenu pour un »anti-modèle" par Rue89. Le travail d’un journaliste est probablement de décrypter davantage.

En fait, tout semble fait pour donner le sentiment que les signaux faibles en réalité d’influence, seraient des signaux forts en transformation de société ou en empêcheur de tourner en rond. Le tout par un raisonnement d’extrapolation, qui d’ailleurs focalisant sur cette approche, en revient à occulter les autres composantes en mouvement dans la société [7].

D’un côté comme de l’autre des raisonnements, il y a tentative de lobbying…

Mutation et changement d’époque - Nouveaux « Passeurs »

Ce qui mériterait intérêt à débat public, c’est davantage une meilleure appréciation collective des tendances lourdes en émergence. Mais comme dans toute époque en mouvement, on voit ce qui est sous le nez : les forces qui tentent de s’imposer, les réalités et valeurs passées qui sont en déliquescence ou en décélération…. mais au delà de l’horizon… et en deçà des réalités du moment… dur dur @@64@@Oik=@@65@@ .

Une première voie serait peut-être de mieux cerner comment vont s’organiser les systèmes informationnels et les rapports de force entre : la presse générale qui se veut « fabrique » d’opinions (jouant de l’émotion, de la proximité, de l’évènementiel), et la presse spécialisée (discours utilitaires sur hobby, préoccupations professionnelles avec des propos du domaine de l’expertise ou de l’écriture pédagogique).

Une seconde approche est justement de regarder cette question de l’écriture informationnelle. Aujourd’hui domine dans la presse la « glose Afp », avec du côté de l’écriture dite citoyenne d’un côté les paroles militantes, de l’autre les pratiques dites « astroturf » qui cachent de fausses associations agissant pour le compte d’institutions diverses.

Une réalité qui va peser dans la réallocation des ressources d’influence est le basculement en cours de la pub, qui envahit l’internet (plus 11.2 % de progression par rapport aux autres médias traditionnels en 2006) [8].

Une redistribution des rôles est en cours autour de l’ouverture incontournable des flux dans un réseau de réseaux : celle de l’articulation ou des passerelles entre les experts et les citoyens. L’émergence probable de nouveaux acteurs « passeurs de paroles et d’images » de type humains ou robots @@64@@Oik=@@65@@ ; nouveaux outils, nouveaux métiers…

La seule certitude et elle est de taille, c’est que nous vivons une époque forte qui se rapproche peut-être de cette ère des aventuriers produisant les « Portulans » : « Leurs journaux de bord, leur correspondance et les récits de leurs compagnons ont la fraîcheur des émotions sincères, des émerveillements qu’amplifiait le superlatif convenant aux mondes nouveaux. On peut y lire leurs motivations nobles, leur fierté parfois arrogante, leur assurance, leur triomphe et leur gloire. On y déchiffre aussi, entre les lignes, leurs doutes, leur lassitude, leurs peurs, leur désarroi, leurs échecs et parfois leur détresse ». [9].

L’horizon n’est en définitive qu’une autre façon de voir, de vivre le monde, d’en dessiner les contours, d’en situer les fonctions et les utilités de chacune et de chacun.

le 24 septembre 2007 par Jacques Chatignoux - Operateur
modifie le 24 septembre 2007

Notes

[1] Avec LePost.fr, Le Monde s’essaie au journalisme participatif.

[2] Cf « La finalité du don n’est pas la chose donnée (qui capte l’attention de l’économiste), ni même le geste du don (qui fascine le moraliste), il est de créer l’alliance ou de la renouveler ». Le prix de la vérité - le don, l’argent, la philosophie par Marcel Hénaff - Ed Seuil - A lire aussi la revue Esprit Fév 2002 : Y a-t-il encore des biens non marchands ?

[3] Cf La géopolitique d’internet par Solveig Godeluck - Ed La découverte

[4] cf Le temps de l’engagement pluriel , Jacques Ion, Revue Sciences humaines hors-série N°39 déc 2002 / janv-fév 2003 Page 58

[5] The Cult of the Amateur », Nicholas Brealey Publishing, 2007 - Interview par Frédérique Roussel « Libération » du 22 août.« Je suis contre cette culture de l’amateurisme » Andrew Keen, blogueur britannique, dénonce dans un livre l’utopie de l’Internet participatif..

[6] Rue89.com défend le journalisme sur le Net par Véronique Richebois 18/09/07

[7] Cf divers repères sur les tendances du web suggérés par P.Mechentel :
- « Internet est mort » de Cuban
- 10 Future Web Trends by Richard MacManus traduit ici : Tendances futures du web

[8] La publicité dans Internet, un média efficace

[9] Cf « Le livre des terres inconnues - Journaux de bord des navigateurs XV-XIXème siècle » par François Bellec - Ed du Chêne et aussi les épopées des « Découvreurs » de Daniel Boorstin Ed R.Laffont

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