Toulouse - Contournement autoroutier - Le Non Débat
L’évolution du débat public sur ce projet confirme un décalage significatif entre la méthode prônée par les initiateurs (Services locaux maître d’ouvrage Min. Equipement Midi-Pyrénées et Commission Particulière du Débat Public - CPDP - ) , et notre société numérique.
Observons les pratiques numériques actuelles
- Le système des Questions / Réponses
Par exemple ici
les échanges sont « binaires » entre un émetteur mentionné nominativement (celui qui pose les questions) et un récepteur anonyme (celui qui répond en s’intitulant « Dde »).
Il y a semble-t-il des difficultés dans la réactivité : cf à plusieurs reprises « Question en cours de traitement ».
- Un forum de type Phbb
tente d’ouvrir les échanges, mais, sauf erreur, aucun fonctionnaire ne se risque à y prendre parole. Par contre il y a un modérateur (probablement un fonctionnaire, mais pas de courriel pour le joindre !).
- Pas vraiment de règles du jeu
Il y a bien ce qui est mentionné Enregistrement - Règlement mais c’est un message non sur le fond, plus pour une garantie de problèmes juridiques (cf Loi sur l’économie numérique)… avec un style de rédaction tout en protection… de quoi rendre presque coupable l’internaute qui voudrait écrire !
Rien sur le contexte éditorial voulu par les auteurs du projet routier !
- Privilégier le téléchargement de fichiers
Pratique surprenante. Cela pénalise doublement l’internaute (temps de chargement - capacité à aller à l’essentiel du contenu).
Analyse
- Le binaire n’est pas débat public.
Le système des Q/R est pauvre en termes de dialogue du fait du décalage dans le temps et par manque de spontanéïté. En tout cas, clairement les internautes ne peuvent dialoguer entre eux par le biais de réponses interactives.
- La notion de modérateur outre le fait d’être, généralement, un aveu de faiblesse, est sur le fond peu admissible en référence aux règles de la netiquette. En l’espèce, c’est tous les messages qui sont en modération, alors que nombre de dispositifs permettent d’intervenir à postériori si un message sortait de la netiquette ou posait questions sur le respect des règles du droit français. Dans la loi sur l’économie numérique, il est fait obligation de « promptitude » dans les réactions de modération, non de systématiser la chose ! Cf Doc constitutionnel.
- Un système organisé pour « protéger » le fonctionnaire et « limiter » la liberté de parole du citoyen : on parle sur ce projet de « Réglement », de « Modérateur »… On ne voit pas de fontionnaire nominativement assumer leurs choix, proposés comme choix d’intérêt général. Cet anonymat contredit tous les discours sur l’accueil de l’administration, son souci d’être proche du citoyen et la transparente à son égard etc.. Il y a aussi impolitesse à répondre par un sigle « Dde » ! à un internaute nominativement désigné.
- Le système du téléchargement, dans son caractère systématique, traduit probablement un refus des initiateurs du projet de faire un vrai travail pédagogique approfondi et adapté à la lecture sur internet (notion d’écran de visualisation) alors même que nombre de possibilité sont offertes pour des présentations interactives pertinentes.
Conclusion
- Comment « vérouiller » un débat public
Agir ainsi consiste à tenter de maîtriser le débat public - alors faussement démocratique -… de telle sorte que les pratiques numériques ne viennent guère interpeller / déranger les modalités même du système décisionnel d’un autre âge, le coût et le rythme du projet. En somme ne pas interpeller la « culture du résultat ».
Surprenant alors même que nous sommes rentrés de plain-pied dans l’intelligence collective.
- Que penser de la présence de nombreuses questions posées sur ce type de site institutionnel. Sans doute un comportement normal de citoyens « soucieux de comprendre le projet »… mais ne pouvant en avoir de visions interactives. Cela ne peut être un argument de validation de la méthode retenu par les initiateurs de ce débat. Souvent cela induit une concurrence dans l’information. Ne jamais oublier que l’internet est d’abord un réseau de réseaux !
- A ce titre méditer le propos de Fabrice Florin, fondateur et directeur exécutif de NewsTrust qui notant « le sérieux et la qualité des articles publiés dans la presse traditionnelle. » indique : "Dans le vieux monde des grand medias traditionnels, les actualités sont des produits vendus aux consommateurs - ou aux entreprises qui essaient de joindre ces consommateurs. Dans le nouveau monde des medias sociaux et interactifs, ces mêmes actualités deviennent une matière brute que les utilisateurs assemblent pour formuler leur point de vue personnel, et republient pour exprimer leur perspective à leurs amis, familles, collègues et communautés virtuelles. C’est donc un matériel de réflexion avec lequel on construit sa propre ‘worldview’, plutôt qu’un produit fini qu’on consomme sans penser.”
Les initiateurs de ce type de débat public à Toulouse tentent , probablement inconsciemment ou non, de nous « vendre cette méthodologie »… Mais ce n’est qu’une matière brute, pas une parole d’évangile.
- Qui est coupable de ce type de situtation ?
Sans doute un mélange de corporatisme d’ingénieurs, des non-habitudes et les jeux des lobby routiers. Pour le moins la seule culpabilité qui peut être partagée est celle du Non Management des hommes en charge d’appliquer semblable méthodes de débats publics ! Pour des raisons diverses l’encadrement parisien ou de proximité a peur de l’internet et globalement du citoyen dans des situations hors le « de visu ». Peut-être les ingénieurs croient-ils encore en leur reconnaissance du seul fait de leur « posture institutionnelle » ?
- L’intertie des services informatiques et des bureaux de communication.
Alors qu’ils devraient être au coeur des capacités de progrès des fonctionnaires dans leurs pratiques numériques, les deux types d’acteurs freinent souvent des quatre fers ! Les services informatiques invoqueront les questions de sécurité pour souvent masquer leur peu de compétences dans le déploiement des technologies d’aujourd’hui ; quant aux bureaux de communication leur crédo est trop souvent de faire plaisir au client et donc d’aller simplement dans le sens demandé par ce dernier. Leur rôle en devient négatif et contribue à faire faire marche arrière aux fonctionnaires qui pour partie avaient réussi à passer d’une démarche imposée dans les projets à une meilleure écoute des citoyens voir à de véritables actions de communication certes encore trop souvent simplement informatives mais au moins à contenu pédagogique.
Evolutions possibles
- Ouvrir les fenêtres des pratiques interactives
Le Web2 est déjà en service… et les internautes demandent de plus en plus d’interactivité. Ce sont sur les services correspondants que de nouveaux marchés s’ouvrent et l’entreprise y vient de plus en plus y compris pour sa gestion et sa promotion.
L’administration ne peut rester à l’écart du mouvement sous peine de se couper encore plus des citoyens.
- Prôner l’intelligence collective
« Nous sommes plus intelligents que moi » , voici une formule qui revient de plus en plus… Elle interpelle à l’évidence l’expert qui voudrait pérenniser sa solitude et en devenir soliloque
. Les fonctionnaires ingénieurs sont dans ce risque… qui les élimineraient de plus en plus des réseaux sociaux d’influence. Ils sont à la croisée des chemins et doivent agir avec une vigoureuse réactivité… car sur le net, personne ne leur donnera du temps !
- Pratiquer et pratiquer encore en saisissant des opportunités comme le présent site « Debats Publics » ouvert à toutes et à tous. Si cela intéresse les initiateurs de ce projet et plus généralement les acteurs de la CNDP, explorons ensemble ici-même ces nouvelles pratiques d’un Débat Public renouvelé et portant davantage de démocratie. Les choix collectifs souvent complexes le méritent bien et chacun doit pouvoir en toute liberté et avec argumentaire y apporter sa pierre.
Les connaissant bien, je ne veux pas croire que les fonctionnaires n’aient pas le triple souci de l’innovation, de la gouvernance, de la responsabilité publique
.
modifie le 16 octobre 2007